Joe Hisaishi Symphonic Concert

Music from the Studio Ghibli Films of Hayao Miyazaki

Lyon, Amphithéâtre 3000 | 18 février 2019

Joe Hisaishi. Ses œuvres sont une source inépuisable de joie, de réconfort, d’apaisement et de nostalgie depuis l’adolescence. Elles forment une symbiose parfaite avec les images qu’elles soulignent et enrichissent, si bien qu’elles en deviennent indissociables. Dans nos souvenirs, ces mélodies sont le reflet vibrant et bien vivant de ces moments et de ces atmosphères uniques. Que deviendraient la richesse visuelle et onirique des œuvres cinématographiques de Hayao Miyazaki, la puissance tragi-comique de celles de Takeshi Kitano ou encore la délicatesse poignante du film Departures, en l’absence des compositions de Joe Hisaishi ? Impensable. Les œuvres communient. Comment, dès lors, envisager de séparer les deux faces d’une même pièce…

Il y a encore quelques semaines, je n’aurais jamais imaginé pouvoir assister à une représentation vivante d’un tel génie. Etre le contemporain de Joe Hisaishi est déjà une chance merveilleuse : il ponctue notre vie avec de nouvelles créations. Mais jamais il ne m’était venu à l’esprit qu’il puisse emmener sa magie avec lui si près, tout près.

C’est donc un rêve inespéré, un souhait inimaginable, qui s’est réalisé ce 18 février 2019 à Lyon.

Joe Hisaishi était là, si près. Tout près. Rayonnant d’un sourire sincère et complice avec son orchestre, ses chœurs et ses solistes, dont la communion naissait une joie qui irradiait tout un public conquis, ébahi et ému des premiers aux derniers instants.

Tant de grâce, tant d’énergie et de plaisir purs concentrés en une si frêle silhouette, et pourtant si charismatique. Et pourtant si humble. Quelle humilité toute japonaise pour un si grand, un si immense génie.

Grâce à cette humilité et à sa bienveillance dans ses gestes et ses regards, Joe Hisaishi a su réduire encore un peu plus la courte distance qui nous séparait physiquement de lui. La frontière qui pouvait exister entre les artistes présents sur scène, le compositeur – pianiste et chef d’orchestre, et le public présent dans la salle, s’estompait progressivement pour se diluer en un grand tout.

Ne restait plus que le lien.

Un lien palpable entre tous ces êtres présents sous nos yeux et tout autour de nous.

Comme ce lien tissé entre les musiciens, un ensemble organique constitué de multiples individualités, tellement humaines, qui s’échangeaient des sourires et des regards de sympathie ou d’encouragement, qui restaient sérieux et concentrés coûte que coûte ou qui parvenaient à laisser échapper un peu d’insouciance tout en suivant leur partition.

Comme ce lien vibrant de la voix de Mayuko Yasuda qui résonnait jusque dans notre propre corps, lorsque la soprano interprétait Princesse Mononoke ou Ponyo sur la falaise. Quelle surprise, quelle émotion, de ressentir ainsi en nous cette vibration à quelques mètres d’elle.

C’est aussi ce lien à l’enfance, magique, qui fit naître un sourire émerveillé et malicieux jusque dans le rang des violonistes, lorsque, ce petit bout de chou de deux ans à peine, dans les bras de sa maman au premier rang, sucette au coin de la bouche, cria plusieurs fois « C’est Kiki ! » lorsque la petite sorcière apparaissait chevauchant son balai volant sur le grand écran…

C’est ensuite ce lien qui nous élevait jusqu’au ciel lors de cette envolée divine, magistrale, de Boris Borgolotto,  violoniste soliste du Sinfonia Pop Orchestra, alors qu’il vivait et nous communiquait si intensément son interprétation solo de Kiki la petite sorcière.

C’est cette nostalgie qui me lie depuis si longtemps à Porco et son avion rouge vif survolant l’adriatique, qui rejaillit lorsque Joe Hisaishi caressait les notes jazzy sur son piano et que plus rien d’autre n’existait en cet instant, à l’exception de ce lien charnel avec mon âme sœur, sa main dans la mienne…

C’est aussi ce clin d’œil final, amical et complice, adressé à Joe Hisaishi par l’un des musiciens tout proche de son pupitre de chef d’orchestre : un altiste jovial qui fut particulièrement souriant du début à la fin et qui contribua lui aussi à faire infuser en nous ce sentiment de plénitude et d’accomplissement total.

Et ce sont ces applaudissements nourris, debout, conquis, tellement reconnaissants, pour tenter de remercier et rendre un peu de ce qui nous a été donné en cette soirée… et si possible, retenir ces instants et faire en sorte qu’ils ne s’arrêtent jamais. Continuer à sourire devant tous ces sourires, et ce sourire étincelant d’un créateur de génie.

Qu’y avait-il à espérer de plus ? Comment pouvait-on s’imaginer vivre un jour ces instants hors du temps ? C’est un peu de bonheur que nous avons eu le privilège de toucher du doigt…

Ou plutôt : c’est dans un peu de bonheur que nous avons eu la chance et la joie de nous plonger tout entier. Corps et âme.

Oui, c’est bien un rêve inespéré qui est devenu réalité : un moment de joie, de grâce et de communion.

Un moment rare dans une vie, et que l’on chérira pour toujours, accompagnés encore et encore, par les mélodies éternelles de Joe Hisaishi.

Merci.

Infiniment.